Travaux : pourquoi le devis le moins cher peut devenir le chantier le plus coûteux

Travaux : pourquoi le devis le moins cher peut devenir le chantier le plus coûteux

Trois entreprises consultées.

Trois devis.

Et parfois trois projets complètement différents.

C’est l’une des erreurs que je retrouve régulièrement lorsqu’un maître d’ouvrage cherche à sélectionner une entreprise uniquement à partir du montant inscrit en bas de la dernière page.

Le prix est évidemment important.

Mais avant de comparer trois prix, encore faut-il vérifier que l’on compare réellement la même chose.

Un devis ne vaut que par ce qu’il contient

Deux entreprises peuvent répondre à la même demande avec plusieurs milliers d’euros d’écart sans que l’une soit nécessairement trop chère.

La différence peut venir du périmètre.

L’une a prévu les protections, les évacuations, certaines reprises de supports et les finitions.

L’autre non.

L’une chiffre une prestation complète.

L’autre chiffre essentiellement l’élément principal.

À première lecture, la seconde proposition paraît plus compétitive.

Après travaux, elle peut devenir la plus chère.

Le premier travail consiste donc à sortir du montant total

Lorsque j’analyse un devis, je ne commence pas par regarder uniquement le total.

Je cherche d’abord à comprendre ce que l’entreprise s’engage réellement à réaliser.

Quels ouvrages sont inclus ?

Quels travaux préparatoires sont prévus ?

Quelles fournitures sont définies ?

Quelles quantités sont indiquées ?

Quelles prestations sont exclues ?

Quels travaux devront probablement être réalisés par quelqu’un d’autre ?

La comparaison commence ici.

Pas dans la colonne « Total TTC ».

Le devis le moins cher peut simplement être le devis le moins complet

Prenons un exemple simple.

Vous devez rénover un local.

Une entreprise chiffre les cloisons, les plafonds et la peinture.

Une autre intègre également certaines démolitions, évacuations, préparations des supports et reprises nécessaires avant finition.

Le premier devis est inférieur de 20 %.

Est-il réellement 20 % moins cher ?

Je ne sais pas.

Il faut d’abord reconstituer un périmètre identique pour pouvoir répondre sérieusement.

Les oublis deviennent souvent des travaux supplémentaires

C’est là que le budget initial commence à dériver.

Un poste n’était pas prévu.

Une quantité était insuffisante.

Une prestation nécessaire apparaît pendant le chantier.

Une interface entre deux entreprises n’avait été attribuée à personne.

Il faut alors décider rapidement.

Et ce qui aurait pu être arbitré avant la signature devient une dépense supplémentaire pendant l’exécution.

Le problème n’est donc pas nécessairement que l’entreprise ait augmenté son prix.

Le problème peut être que le projet n’avait jamais été suffisamment défini.

Les interfaces sont parmi les zones les plus dangereuses d’un chantier

Qui réalise la réservation ?

Qui rebouche après le passage du plombier ?

Qui fournit l’alimentation électrique de l’équipement ?

Qui réalise l’étanchéité autour de l’ouvrage ?

Qui reprend la peinture après intervention ?

Qui évacue les gravats ?

Chaque entreprise peut avoir parfaitement chiffré son propre lot.

Et pourtant personne n’a chiffré ce qui se passe entre les lots.

C’est à ces endroits que naissent une partie des fameux :

« Ce n’était pas prévu. »

Comparer les devis consiste donc à les remettre au même niveau

C’est une véritable analyse.

Il faut rapprocher les prestations.

Identifier les absences.

Vérifier les quantités.

Repérer les variantes.

Séparer ce qui est comparable de ce qui ne l’est pas.

Puis réintégrer les prestations manquantes pour obtenir une vision économique plus réaliste.

C’est seulement à ce moment-là que les montants commencent à avoir un sens.

Le prix n’est cependant qu’une partie de la décision

Une entreprise n’est pas sélectionnée uniquement parce qu’elle a correctement rempli un bordereau.

Il faut également regarder sa capacité à réaliser le chantier.

Dans le cadre d’une mission de maîtrise d’œuvre, l’ANIL rappelle notamment que le maître d’œuvre peut assister le maître d’ouvrage dans le choix des entreprises en vérifiant leur qualification, leur aptitude à respecter les délais, le réalisme des devis et leur situation au regard des assurances professionnelles et décennales. Anil

L’entreprise économiquement la moins chère peut donc présenter un autre risque.

Un planning incompatible.

Des moyens insuffisants.

Une assurance inadaptée aux travaux concernés.

Ou simplement une proposition techniquement moins pertinente.

L’assurance doit être vérifiée avant le chantier, pas après le sinistre

Ce point est particulièrement important.

Les constructeurs soumis à la responsabilité décennale doivent souscrire leur assurance avant le démarrage des travaux. Service-Public précise également que l’attestation d’assurance décennale doit être remise au maître d’ouvrage avant l’ouverture du chantier et jointe aux devis et factures. Service Public

Mais vérifier qu’une attestation existe ne suffit pas toujours.

Il faut aussi vérifier sa période de validité et la correspondance entre les activités assurées et les travaux réellement confiés.

Service-Public rappelle que seuls les travaux déclarés dans le contrat d’assurance du constructeur sont couverts au titre de cette garantie. Service Public

Une ligne administrative peut donc avoir des conséquences très concrètes.

Un chantier doit aussi être piloté économiquement pendant son exécution

Même avec un bon dossier de consultation, un projet peut évoluer.

Un imprévu apparaît.

Le maître d’ouvrage demande une modification.

Une contrainte technique impose une adaptation.

Ce n’est pas nécessairement anormal.

Ce qui devient dangereux, c’est de perdre la traçabilité de ces décisions.

Chaque modification ayant une incidence financière devrait être identifiée, chiffrée et arbitrée avant son exécution lorsque les circonstances le permettent.

Sinon, le maître d’ouvrage découvre progressivement le coût réel du projet à travers une succession de factures.

C’est aussi le rôle de la maîtrise d’œuvre

La maîtrise d’œuvre ne consiste pas uniquement à produire des plans.

Selon l’étendue de la mission contractualisée, elle peut comprendre la rédaction des documents techniques, la coordination des travaux, le suivi du respect des prescriptions, des délais et des coûts, la vérification des factures ainsi que l’assistance du maître d’ouvrage lors de la réception. Anil

Cette continuité est essentielle.

Concevoir.

Consulter.

Comparer.

Contractualiser.

Contrôler.

Réceptionner.

Ce sont différentes étapes d’une même décision de construire.

La réception n’est pas une formalité administrative

Lorsque le chantier paraît terminé, une dernière décision importante reste à prendre.

La réception.

L’ANIL rappelle qu’elle permet de constater l’achèvement des travaux, leur bonne exécution et leur conformité au contrat, avec établissement d’un procès-verbal. Les désordres constatés doivent y être consignés sous forme de réserves. Anil

Cette date possède également une importance juridique majeure.

La garantie décennale couvre certains dommages pendant dix ans à compter de la réception des travaux. Service Public

Signer une réception sans examiner sérieusement l’ouvrage n’est donc pas anodin.

Un chantier réussi se prépare avant le premier coup de marteau

Lorsque les travaux démarrent, beaucoup de décisions devraient déjà avoir été prises.

Le programme.

Le niveau de prestation.

Le budget.

Les solutions techniques.

Le périmètre de chaque entreprise.

Les interfaces.

Le calendrier.

Les assurances.

Les modalités de contrôle.

Plus ces éléments restent flous au démarrage, plus le chantier devra produire lui-même les réponses.

Et un chantier est rarement le meilleur endroit pour improviser des décisions coûteuses.

Le véritable prix d’un chantier n’est pas celui du devis initial

C’est celui que vous aurez payé lorsque l’ouvrage sera terminé, réceptionné et conforme à ce que vous vouliez réellement obtenir.

C’est pourquoi je distingue toujours le prix affiché de la Rentabilité Réelle d’une décision de travaux.

Économiser 10 000 € à la signature n’est pas une économie si cette décision provoque ensuite 20 000 € de travaux supplémentaires, de reprises ou de retard.

Inversement, le devis le plus élevé n’est pas automatiquement le meilleur.

Il faut comparer les contenus avant de comparer les montants.

Avant de choisir une entreprise, je préfère donc poser une autre question

Pas :

« Qui est le moins cher ? »

Mais :

« Quelle proposition maîtrise le mieux le périmètre, le risque, le coût final et l’exécution ? »

C’est beaucoup moins spectaculaire qu’un tableau avec trois montants.

Mais c’est ainsi qu’un devis devient un outil de décision.

Et qu’un budget travaux commence réellement à être maîtrisé.

Avant de signer un devis, comparez les périmètres ligne par ligne et identifiez explicitement ce qui n’est pas compris.

Pour un projet comportant plusieurs entreprises ou un budget significatif, faites analyser les offres et organiser la maîtrise d’œuvre avant d’engager les travaux.